Maître Caroline Glon
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Les différentes formes d’adoption : adoption simple et adoption plénière

L’adoption crée un lien de filiation par une décision de justice. En France, elle prend deux formes aux effets très différents : l’adoption plénière, qui substitue une nouvelle filiation à celle d’origine, et l’adoption simple, qui ajoute un lien sans effacer le précédent. Choisir entre les deux engage durablement la situation familiale, patrimoniale et successorale de l’adopté comme de l’adoptant. Voici ce qui les distingue, et ce qu’a changé la réforme du 21 février 2022.

Adoption simple ou plénière : la distinction fondamentale

Les deux régimes partagent un socle commun de conditions et de procédure, mais diffèrent radicalement dans leurs effets. Tout se joue autour du devenir de la filiation d’origine.

L’adoption plénière (articles 343 à 359 du Code civil) rompt totalement et définitivement les liens juridiques avec la famille biologique. L’adopté est intégré à sa famille adoptive comme s’il en était issu par la naissance.

L’adoption simple (articles 360 à 370-5 du Code civil) maintient les liens avec la famille d’origine. L’adopté se retrouve alors avec deux familles : sa famille biologique et sa famille adoptive, avec des droits dans chacune.

L’adoption plénière : une filiation nouvelle et irrévocable

L’adoption plénière est l’adoption de droit commun. Ses effets sont les plus profonds :

  • Filiation : la filiation d’origine est remplacée. L’adopté cesse d’appartenir juridiquement à sa famille biologique (sauf s’il s’agit de l’enfant du conjoint ou du partenaire, cas où le lien avec ce parent est conservé).
  • Nom : l’adopté prend le nom de l’adoptant, en principe en substitution de son nom d’origine.
  • Autorité parentale : elle est exercée par le ou les adoptants.
  • Irrévocabilité : l’adoption plénière ne peut pas être révoquée.
  • Succession : l’adopté hérite dans les mêmes conditions qu’un enfant biologique, avec l’abattement fiscal en ligne directe (100 000 €) et le barème correspondant.

L’adoption plénière concerne en principe les mineurs accueillis avant l’âge de 15 ans, avec des possibilités d’extension au-delà dans certaines situations. Les seuils exacts méritent d’être vérifiés au cas par cas.

L’adoption simple : une filiation qui s’ajoute

L’adoption simple répond à des situations où le maintien du lien biologique garde tout son sens. La réforme de 2022 lui a d’ailleurs redonné de la valeur en précisant sa définition. Ses effets :

  • Filiation : un nouveau lien se crée avec l’adoptant, sans effacer celui d’origine. L’adopté a deux familles.
  • Nom : le nom de l’adoptant s’ajoute à celui de l’adopté (le juge peut toutefois décider d’une substitution).
  • Autorité parentale : elle est transférée à l’adoptant.
  • Révocabilité : l’adoption simple peut être révoquée par le juge pour motifs graves.
  • Succession : l’adopté hérite à la fois de sa famille d’origine et de sa famille adoptive. Attention toutefois : sur le plan fiscal, il est en principe taxé à 60 % sur la succession de l’adoptant, comme un tiers, sauf exceptions prévues à l’article 786 du Code général des impôts (enfant du conjoint, enfant ayant reçu des soins et une prise en charge continue pendant sa minorité, notamment).

L’adoption simple est ouverte à tout âge, y compris à une personne majeure, sous réserve de son consentement.

Tableau comparatif

Critère Adoption plénière Adoption simple
Lien avec la famille d’origine Rompu Maintenu
Nom de l’adopté Remplacé Ajouté (ou remplacé sur décision)
Révocation Impossible Possible, pour motifs graves
Âge de l’adopté Mineur de moins de 15 ans (en principe) Tout âge, majeur inclus
Succession de l’adoptant Ligne directe (abattement 100 000 €) Double héritage, mais taxation à 60 % sauf exceptions

Qui peut adopter ? Les conditions depuis la réforme de 2022

La loi n° 2022-219 du 21 février 2022, dite « loi Limon », complétée par l’ordonnance du 5 octobre 2022, a assoupli l’accès à l’adoption. Peuvent adopter :

  • un couple marié, lié par un PACS ou en concubinage — l’adoption conjointe étant ouverte quel que soit le sexe des membres du couple —, à condition de justifier d’une communauté de vie d’au moins un an ou que chacun ait plus de 26 ans ;
  • une personne seule âgée de plus de 26 ans.

Avant la réforme, seuls les couples mariés pouvaient adopter conjointement, l’âge minimal était de 28 ans et la durée de vie commune exigée de deux ans. Un écart d’âge est par ailleurs requis entre l’adoptant et l’adopté (en principe 15 ans, réduit à 10 ans pour l’enfant du conjoint ou du partenaire). Lorsque l’adopté est pupille de l’État ou un enfant étranger, un agrément délivré par les services de l’aide sociale à l’enfance est nécessaire.

Les principales situations d’adoption

En pratique, l’adoption recouvre des réalités très diverses :

  • L’adoption de l’enfant du conjoint ou du partenaire (adoption intrafamiliale), qui permet de consacrer juridiquement un lien déjà vécu au quotidien.
  • L’adoption d’un pupille de l’État ou d’un enfant judiciairement déclaré délaissé, dont la réforme a cherché à sécuriser le parcours.
  • L’adoption internationale, soumise à un cadre spécifique et à des conditions renforcées.
  • L’adoption d’un majeur, le plus souvent sous la forme simple, pour reconnaître un lien affectif durable ou organiser une transmission.

Chacune obéit à des règles propres, notamment en matière de consentement, qui doit être recueilli par un notaire lorsqu’il est requis.

Quelle forme d’adoption choisir ?

Le choix entre adoption simple et plénière n’est jamais neutre : il détermine le maintien ou la rupture des liens d’origine, le régime successoral, la fiscalité applicable et le caractère réversible ou non de la démarche. Une même situation familiale peut relever de l’une ou de l’autre selon l’objectif poursuivi et l’intérêt de l’adopté.

Parce que ces conséquences sont durables et parfois irréversibles, un accompagnement sur mesure est essentiel. Le cabinet vous conseille sur la forme d’adoption la plus adaptée à votre situation, vous accompagne dans la constitution du dossier et vous représente devant le tribunal.

Contactez le cabinet pour étudier votre projet d’adoption.

Les dispositions mentionnées sont à jour de la réglementation applicable en 2026 et sont fournies à titre d’information générale. Elles ne constituent pas un conseil juridique personnalisé.

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